Synthèse sur les Open bagdes

Note de synthèse sur les Open Badges (badges numériques ouverts)

(Serge RavetOpen recognition alliance/Association Reconnaître / Philippe Petitqueux, DRAAF de Normandie, animateur du réseau Badgeons la Normandie)

Qu’est ce qu’un Open-Badge ?

D’un point de vue technique, un Open Badge est une image numérique dans laquelle sont enregistrées un certain nombre d’informations, ou métadonnées, dont les principales sont :

  • l’identité du récepteur du badge ;
  • celle de l’émetteur ;
  • les critères d’attribution du badge ;
  • les preuves justifiant de son attribution.

Ainsi, pour reconnaître la compétence d’une personne, on inscrit dans l’image l’identité de l’entité qui reconnaît la compétence, celle dont la compétence est reconnue et bien sûr la description de la compétence et les preuves qui ont permis de la reconnaître. Au-delà de la compétence, le même mécanisme peut être utilisé pour reconnaître les réalisations, engagements, projets ou valeurs d’une personne comme d’un groupe.

 

L’origine des Open Badges

L’idée des Open Badges est née en 2011, de la rencontre des fondations Mozilla et MacArthur avec les travaux de recherche d’Erin Knight, la fondatrice du projet Mozilla Open Badges en réponse à la question : comment reconnaître les apprentissages informels ? On sait reconnaître les apprentissages formels (diplômes, certificats, etc.) mais comment rendre compte des apprentissages dans la vie de tous les jours, les activités professionnelles ou associatives. Comment les rendre visibles et les valoriser ?

Aspects techniques des Open Badges

Comme objets techniques, les Open Badges sont un sous-ensemble de la classe des Verifiable Claims (https://www.w3.org/2017/vc/WG/), c’est-à-dire des informations numériques relatives à une entité dont on peut dire avec certitude que leur contenu est authentique et n’a pas été modifié par une tierce partie. Toute tentative d’en modifier le contenu (par exemple changer l’identité du récepteur) rendrait le badge invalide lors de sa vérification au moment de sa lecture. Par ailleurs l’identité du récepteur du badge étant cryptée, c‘est pratique si l’on voulait créer un CV qui soit à la fois 100% vérifiable et anonyme.

 

 

 

 

 

 

 

 

Libres et ouverts: Open Badges est un standard technique ouvert. Toute organisation peut utiliser ce standard pour créer, émettre, utiliser et vérifier des badges numériques ouverts. Le standard est développé par IMS Global, un consortium international composé de plus de 160 organisations contributrices. Ceci offre une garantie de pérennité et d’interopérabilité.

Les “compétences” que peuvent représenter les Open-Badges

Un Open Badge peut être utilisé pour reconnaître toutes sortes de compétences ou réalisations (et bien d’autres choses encore !), celles d’un médecin comme d’un cariste, la construction d’un pont comme la confection d’une tarte. Ce qui est intéressant avec le badge ce n’est pas seulement qu’il peut reconnaître de nombreuses choses différentes, mais les processus de reconnaissance que l’on peut y associer. Par exemple, pour attribuer un badge à une personne, on peut mettre en place un processus dans lequel la personne commence par faire une demande de badge, reçoit un formulaire qui demande certaines informations et les preuves requises, puis la demande est envoyée à x personnes ayant déjà le même badge ou un badge leur donnant le droit de valider une demande pour ce badge. Ainsi, une communauté peut s’organiser pour délivrer des badges à ses membres pour reconnaître leur engagement, contributions ou compétences acquises sans avoir à passer par une autorité constituée. La communauté devient une autorité souveraine.

On peut aussi délivrer des badges collectifs, comme par exemple un badge qui serait donné à toutes les personnes ayant contribué à la construction d’un pont ou participé à une conférence. Ces badges collectifs ne disent rien des compétences propres aux personnes qui les reçoivent, mais une fois mis en relation avec d’autres badges correspondant à d’autres réalisations, participations mais aussi de compétences, il est possible d’en inférer des informations utiles comme des centres d’intérêts, l’engagement dans son développement professionnel, l’assiduité, la participation ou les contributions à une communauté, etc. Ainsi, pour mesurer pleinement la valeur d’un badge, il est nécessaire de le situer au sein d’une collection d’autres badges, reçus et émis, de rendre compte des relations qu’il établit avec d’autres personnes, idées, compétences, communautés, institutions ou organisations.

Finalement, on peut aussi créer son propre badge et demander à d’autres de l’endosser (l’approuver, attester de sa valeur). Ainsi on pourrait créer son badge de plombier, y ajouter des preuves de ses réalisations, puis demander à des personnes pour qui on a fait des travaux de l’endosser. Un jour, si l’on souhaite, on devrait pouvoir aller à la Chambre des Métiers et demander l’endossement de son badge. Des preuves supplémentaires pourraient alors être demandées, voire suivre un stage de qualification, mais on aura avec soi tous ses acquis facilitant ainsi leur reconnaissance et leur validation.

Ainsi un Open Badge ne représente pas une compétence figée à un moment donné, mais une compétence que l’on doit “nourrir” régulièrement en allant chercher des endossements, des reconnaissances. Voilà une opportunité de donner la capacité d’agir aux apprenants, de les outiller pour leur formation tout au long de la vie et dans toutes les dimensions de la vie.

L’avenir des Open Badges

Les badges vont probablement se développer dans deux directions principales : améliorer les outils de reconnaissance actuels, sans rien changer de significatif aux pratiques, comme utiliser leur propriété pour délivrer des certificats et diplômes traditionnels qui deviendraient grâce aux badges à la fois vérifiables et infalsifiables, mais aussi faciliter la délivrance de mini ou micro-certifications. L’autre direction, celle de l’innovation sera de réaliser des choses qui n’étaient pas possibles avant l’invention des Open Badges, comme créer un continuum entre les reconnaissances informelles, non-formelles et formelles.

De ce point de vue, l’expérience d’IBM est exemplaire, avec d’un côté la mise en œuvre des Open Badges pour les formations clients et des résultats spectaculaires en terme de participation et d’engagement, mais aussi la décision récente de Northwestern University de reconnaître les badges délivrés par IBM pour accéder à des qualifications académiques.

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Fort de cette première expérience en 2016, c’est l’ensemble de la gestion du développement des ressources humaines d’IBM qui en 2017 commence à s’organiser autour des Open Badges.

Dans le monde d’IBM où les technologies évoluent en permanence, les référentiels de compétence métiers peuvent devenir rapidement obsolètes. Où est le référentiel métier des data scientists, où sont les formations et les organismes certificateurs ? En revanche nous connaissons des data scientists, et si nous savons où en trouver un, il est probable que celui-ci en connaisse d’autres, ou des collègues qui sont prêts à investir pour le devenir. De la connaissance d’un professionnel à sa reconnaissance il n’y a qu’un Open Badge !

Les badges peuvent ainsi nous aider à rendre compte de ces compétences émergentes et il est possible d’envisager, à la manière d’Open Street Map, que les référentiels de compétence métiers et sectoriels de demain s’établissent de façon ascendante à partir de la mise en relation de badges construits à partir du terrain.

De même qu’Open Street Map n’a pas rendu obsolète l’IGN, les badges ne rendront probablement pas obsolètes des organisations qui travaillent à la définition de référentiels de compétence. En revanche elles bénéficieront de sources en temps réel pour rendre compte des compétences émergentes et déclinantes.

Dernier point : on sait créer/émettre des badges, mais à part les afficher, il n’existe pas encore de réels services. C’est désormais une nouvelle phase qui débute pour les parties prenantes qui est de concevoir des services innovants pour exploiter pleinement le potentiel des badges qui semble infini et que nous avons à peine commencé à explorer.

Actions et projets en cours

Pour aller plus loin, à la suite de la Déclaration de Bologne pour une Reconnaissance Ouverte (www.openrecognition.org/bord) publiée en 2016, un réseau international s’est mis en place sous le nom de Open Recognition Alliance et « Reconnaître – Open Recognition Alliance » son chapitre francophone. En 2017, à l’occasion du premier anniversaire de la nouvelle déclaration de Bologne, ce réseau a déclaré le 25 Octobre Journée Internationale de la Reconnaissance Ouverte (Open Recognition Day) qui sera aussi la première journée de la conférence ePIC (www.openepic.eu) dont ce sera la 15ème édition et qui sera l’opportunité de lancer le projet ERASMUS + MIRVA (Making Information Recognition Visible and Actionable) qui servira de fil directeur pour les futures activités de Reconnaître des prochaines années.

En Normandie, le réseau Badgeons la Normandie  est composé aujourd’hui de l’enseignement agricole technique et supérieur, la Chambre d’agriculture régionale, les GRETA, l’éducation populaire (CEMEA, Ligue de l’enseignement, Le Dôme, le réseau APP), le réseau ACSAD, les Fermes d’avenir et le réseau CANOPÉ Normandie. Ils ont décidé d’explorer le potentiel des badges numériques ouverts pour :

  • Faciliter la reconnaissance et la valorisation des personnes, de leurs compétences et des apprentissages formels et informels
  • Préparer les apprenants à la formation tout au long de la vie et dans toutes les dimensions de la vie
  • Identifier les compétences émergentes, les connecter avec le marché de l’emploi
  • Mettre en œuvre des outils numériques pour favoriser la capacité d’agir en toute autonomie des apprenants.

Chaque membre débute ses projets en cette fin d’année 2017. Voir ici la cartographie des projets en cours.

Les actions de Badgeons la Normandie en 2017

  • Lancement du réseau Badgeons la Normandie, le 6 avril, à l’occasion de la deuxième conférence sur les Open Badges à Caen, organisée par la DRAAF de Normandie, la Chambre régionale d’agriculture, UniLaSalle et le Conseil régional (Communotic)
  • Le Dôme (Centre de diffusion de la culture scientifique à Caen – FabLab et Living Lab) a proposé des badges pour reconnaître les participations, contributions, implications des personnes à l’occasion du festival TURFU (https://turfu-festival.fr/badges/)
  • Les Turbulences numériques, journées dédiée entre autres à la reconnaissance et aux badges ouverts,  organisées par la Maison Jacques Prévert à Dieppe

 

  • Une journée de formation massive (120 personnes) sur site à l’atelier Canopé à Caen le 8 décembre pour former des badgeurs.euses au sein des structures des membres du réseau.